Le blog de Fafane vous raconte en images quelques voyages et petites escapades en France et à l'étranger ainsi que divers sujets comme bouts de vie, recettes et poésie.

En ce mois de novembre 1913, le petit village de Sainte Ménéhould vivait au ralenti. Un froid piquant s’était abattu sur la France depuis la mi-septembre. Les paysans du coin avaient depuis longtemps rentré leur fourrage, enfermé leurs bêtes et préparé les piles de bois ou de charbon qui leur permettraient de tenir tout l’hiver. L’année 1913 avait été bonne pour les cultures ; ainsi, chaque maisonnée était parée, regorgeant de nourriture pour affronter une saison rude.
Emmitouflées dans leurs écharpes et bonnets de laine, leurs chaussettes de grosse laine tirées jusqu’en haut du genou Raymonde et Lucie main dans la main rentraient de l’école. Elles étaient suivies à quelques minutes près de leurs frères Marceau et Aimé qui avaient été retardés sur la place par une course folle avec les copains autour des platanes.
Sautillant et chantant une comptine apprise à l’école elles arrivèrent près de leur maisonnée. Une douce lumière filtrait derrière les carreaux, la cheminée fumante permettait de prévois un accueil chaleureux.
« La première arrivée à la porte » s’écria Lucie. Evidemment ce fut elle la première. Sa petite sœur commençait à pleurnicher lorsqu’elle se rappela soudain que pour elle demain soir serait son anniversaire. Ce serait la fête. On fêterait son huitième anniversaire. Dans son parc, le petit frère Robert les accueillit à grands cris et en tapant le plus fort possible sur un faitout avec une cuillère en bois.
Un grand bol de lait brûlant les attendait sur la grande table en bois. Après avoir sauté sur leur maman Anaïs pour l’embrasser, puis chatouillé Robert au passage, elles se débarrassèrent de leur harnachement et se mirent à table. Leurs frères arrivèrent presque aussitôt et en firent de même. C’était un moment de détente délicieux, la chaleur commençait à revenir dans tous ces genoux glacés. Le lait brûlant coulait dans leur estomac entraînant avec lui toutes les tensions de la journée.
C’était ça le bonheur.